Vie culturelle

Nushka: quand la délicatesse se peint avec violence.

Il y a des expositions qu’on traverse rapidement, et d’autres qui nous arrêtent net. Celle de Nushka, Les Paysages Intérieurs, présentée à l’Hôtel de l’Industrie en plein cœur de Saint-Germain-des-Prés, fait partie de la deuxième catégorie. Et pour une raison que j’ai mis quelques minutes à comprendre, le nez collé sur ses toiles.


Parce que les tableaux de Nushka se vivent en deux temps. De près, on plonge dans une matière dense, presque brutale — des coups de pinceau francs, des empâtements, des couleurs qui se bousculent. On croit avoir affaire à de l’abstraction pure. Et puis on recule. Un pas, deux pas. Et là, quelque chose se passe : des silhouettes émergent, des visages apparaissent, une scène de musée se révèle, une femme prend forme dans la lumière. Ce que l’on prenait pour du chaos devient soudainement une narration. C’est troublant, presque magique — et c’est précisément là que réside le génie de cette peintre marseillaise.

Cette dualité figuration/abstraction n’est pas un effet de style. C’est une philosophie. Nushka peint ce qu’elle nomme elle-même la délicatesse avec violence — titre également de sa monographie éditée en 2026 par la maison danoise Snap Collective, qui rassemble vingt ans de travail en plus de 300 tableaux. Le philosophe Michel Terestchenko, qui en signe la préface, le dit avec justesse : ses gestes sont précis, forts, impitoyables — mais au service d’une attention profonde aux êtres humains.


Née à Lille en 1983, élevée dans un village du sud baigné de soleil et de mer, Nushka a rencontré à 13 ans la peintre américaine Maggie Siner. Une rencontre fondatrice, une relation maître-élève qui a tout changé. Après neuf années d’études qu’elle appelle ses « humanités », après Sydney, Paris et New York, elle vit et travaille depuis dix ans à Marseille avec son mari et sa fille.

Dans cette exposition parisienne, les toiles présentées — toutes de 2026 — portent des titres qui sont déjà des poèmes : J’étais pourtant jolie, Si je mourais là-bas sur le front de l’armée, 5h46, Venitian Pink. Le diptyque consacré à Murillo, le peintre baroque sévillan, joue avec l’Histoire de l’art d’une manière qui n’appartient qu’à elle : des salles de musée vues à travers ses yeux — floues, lumineuses, vibrantes d’une émotion qu’aucune photographie ne saurait saisir.


Ce qui frappe aussi, c’est la cohérence d’un parcours mené sans concession aux modes. Ses œuvres figurent dans des collections privées qui vont de Gérard Jugnot à l’Arsenal Football Club en passant par des collectionneurs suisses, australiens, britanniques. Elle a exposé à Venise, Los Angeles, Miami, Genève, Shanghai. Mais rien dans son travail ne sent le calcul ou la stratégie commerciale. On sent une femme qui peint parce qu’elle ne peut pas faire autrement.

Elle le dit d’ailleurs avec une simplicité désarmante dans sa note d’intention : « Je suis convaincue de peindre comme je suis. » Du fou rire au verre d’eau fraîche un après-midi d’août, de Madame Bovary au sourire de sa fille — tout cela coexiste dans ses toiles et forme ce qu’elle appelle ses paysages intérieurs.

Une exposition courte — quatre jours seulement — mais qui laisse une empreinte longue.

Expositions solo
2025 : Parcours Beloeil – Beloeil, Belgique
2021 : Galerie Schwab Beaubourg – Paris, France
2019 : Galerie L’Œil du Prince – Paris, France
2018 : Maison Buon – Marseille, France
2017 : Galerie L’Œil du Prince – Paris, France
2017 : Galerie Schwab Beaubourg – Paris, France
2016 : Galerie l’Œil du Prince – Paris, France
2015 : Galerie l’Œil du Prince – Paris, France
2013 : Galerie Bellucita – Neuilly, France
2012 : 171, rue St Honoré – Paris, France
2010 : Vassilis Katehis Gallery – New-York, USA
Expositions collectives
2025 : Galerie Renaissance – Genève, Suisse
2025 : Prix Arte Laguna – Shanghaï, Chine
2017 : Prix Arte Laguna – Venise, Italie
2016 : Galerie Lieve Lambrecht – Gand, Belgique
2016 : Thomas Paul Fine Art – Los Angeles, USA
2015 : Parcours Beloeil – Beloeil, Belgique
2014 : Galerie Nassau 42 Fine Arts – Anvers,
Belgique
2014 : Galerie ArtVitam – Miami, USA
Collections privées
Le Fouquet’s New York (US)
Arsenal Football Club (UK)
Kate Smith (Australie)
Gérard Jugnot (France)
Constance Von Rakowski (Suisse)
Deborah Frances White (UK)


nushka.fr — Instagram : @nushka

info@nushka.fr

A Propos de l'auteur

Henri Victor

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