Brandon Schreck, entre deux mondes

Il arrive avec la décontraction tranquille de quelqu’un qui a appris à habiter plusieurs vies à la fois. Texan d’origine, new-yorkais de formation, européen d’adoption — Brandon Schreck est de ces artistes que les frontières semblent ennuyer profondément. Peintre, comédien, musicien, écrivain : autant de langages pour dire, semble-t-il, la même chose.
C’est à la Galerie Albatros Studios de Montreuil, portée par la galeriste Rui Vallaud Yang, qu’il présente son exposition Après Cannes — un titre qui dit quelque chose de son parcours, toujours en mouvement, toujours après quelque chose.

Ses toiles ne racontent pas d’histoires au sens littéral. Elles les suggèrent. Nature, architecture, mythologie, langage : tout se mélange dans ce qu’il appelle lui-même « les endroits entre les mondes ». Des zones de passage où mémoire, instinct, émotion et pensée s’entrelacent sans hiérarchie. « Lorsque je peins, j’essaie de jouer avec la métaphysique visuellement, de mêler les éléments d’une manière quasi-alchimique », dit-il avec une simplicité qui rend la chose presque évidente.
Les couleurs, chez lui, restent une énigme volontaire. Il ne cherche pas à les expliquer. « Je ne sais pas d’où elles viennent. C’est l’instinct, la psychologie, l’analyse cognitive… et la musique. » Car pour Brandon Schreck, les deux disciplines sont indissociables. Un petit tableau, c’est une chanson courte, efficace. Un grand format, c’est une symphonie. Et comme en musique, c’est le feeling qui tranche, au final.
Ce qui frappe dans sa démarche, c’est cette tension assumée entre innocence et lucidité. Il revendique un regard ouvert, curieux, honnête sur le monde — mais aussi critique, analytiquement exigeant. « Peut-être est-ce le nihilisme romantique, comme celui d’un poète maudit », lâche-t-il avec un sourire que j’imagine à moitié sérieux.
Il ne se prend pas pour un chaman. Mais il ne nie pas non plus que la peinture, pour lui, relève d’une forme de magie — blanche et/ou noire, précise-t-il, comme si la nuance importait.
Ce sont ses tableaux, dit-il, qui lui dictent quoi faire. Quand ils sont finis, il le sait. C’est une question de lumière et d’obscurité.
Exposé à New York, Atlanta, Chicago, en Autriche, et désormais ancré en France où il vit et travaille, Brandon Schreck a trouvé dans le partage avec le public et les autres artistes « le plus grand plaisir » de sa vie d’artiste. Une phrase simple, presque banale — sauf qu’à l’entendre, on y croit vraiment.
Exposition Après Cannes — Komo Galerie, Albatros Studios, Montreuil 🌐 bschreckart.portfoliobox.net 📷 Instagram : @schreckbrandon 🎥 Voir la vidéo





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