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“5 couleurs, mille formes » : l’exposition qui réinvente la théorie chinoise des couleurs à Paris”

Expo 5 couleurs, mille formes. CCCP Paris, juillet-septembre 2026, conçue par le Musée des Beaux-Arts de Guangzhou
Expo 5 couleurs, mille formes. CCCP Paris, juillet-septembre 2026, conçue par le Musée des Beaux-Arts de Guangzhou

Reportage de Malika Dorbani Bouabdellah

Expo 5 couleurs, mille formes. CCCP Paris, juillet-septembre 2026, conçue par le Musée des Beaux-Arts de Guangzhou
Expo 5 couleurs, mille formes. CCCP Paris, juillet-septembre 2026, conçue par le Musée des Beaux-Arts de Guangzhou

Expo 5 couleurs, mille formes. CCCP Paris, juillet-septembre 2026, conçue par le Musée des Beaux-Arts de Guangzhou.

La voir d’abord comme une leçon de colorimétrie, puis comme clé de voûte de la peinture et de l’esthétique chinoises anciennes et comme clé d’accès à leur compréhension. Soigneusement expliquée par les textes, la théorie traditionnelle des 5 couleurs, ses modes de représentation et d’expression, s’y trouvent réinterprétés et innovés par des artistes modernes et contemporains.

Expo 5 couleurs, mille formes. CCCP Paris, juillet-septembre 2026, conçue par le Musée des Beaux-Arts de Guangzhou
Expo 5 couleurs, mille formes. CCCP Paris, juillet-septembre 2026, conçue par le Musée des Beaux-Arts de Guangzhou

En plus des trois couleurs primaires, bleu, rouge, jaune, de la gamme occidentale, la chinoise en compte deux autres, le noir et le blanc qui, bien qu’utilisés comme teintes, ne sont pas considérés chez nous comme des couleurs au sens physique du terme. Les 5 couleurs, dites orthodoxes, découlent des 5 éléments composant le monde. À nos 3 habituels, l’eau, la terre, le feu, s’ajoutent le bois et le métal. L’air n’y figure pas — est-ce parce qu’il est froid et chaud comme l’eau et le feu ? Leur mélange donne cinq couleurs dites intermédiaires, nom qui, contrairement à notre « secondaires » qui les dissocie les unes des autres, évoque leur interaction, leur mutation et leurs effets réciproques. Leurs variables, froides, chaudes, neutres, sombres, claires, saturées, réduites… servaient dans la peinture religieuse à incarner, symboliser, faire ressentir, illustrer les qualités, les attributs, les sentiments d’un objet de culte, dieux, saints, sages… les idées, la nature et la vie en général.

Expo 5 couleurs, mille formes. CCCP Paris, juillet-septembre 2026, conçue par le Musée des Beaux-Arts de Guangzhou
Expo 5 couleurs, mille formes. CCCP Paris, juillet-septembre 2026, conçue par le Musée des Beaux-Arts de Guangzhou

Les artistes contemporains chinois restent fidèles au principe et au sens des 5 couleurs primaires et secondaires, mais ils en déduisent « 1000 formes ». Ils les multiplient non sans maîtrise de leur structure pigmentaire ou moléculaire. Ils en révèlent la dimension plastique et l’autonomie expressive en inventant de nouveaux moyens et manières de les réaliser. Pour être de son temps, le code selon lequel les pinceaux exécutent telle ou telle partie d’une œuvre, et selon lequel le support, l’encre, la couleur, le style sont un moyen établi de représenter le monde et d’exprimer son rapport au monde, doit s’inverser. Pinceaux et individualité libres, valeur immanente aux moyens et à la manière. Si transcendance il y a, elle sera ailleurs.

Expo 5 couleurs, mille formes. CCCP Paris, juillet-septembre 2026, conçue par le Musée des Beaux-Arts de Guangzhou
Expo 5 couleurs, mille formes. CCCP Paris, juillet-septembre 2026, conçue par le Musée des Beaux-Arts de Guangzhou

Lin Dongwei garde à l’esprit l’aspect narratif et les effets de contrastes, tels jaune et noir, terre-eau, des icônes bouddhistes, mais le côté sacré et parabolique de celles-ci, il le cède aux allusions colorées à la vie de tous les jours dans le monde rural. Il garde la manière fine du genre Gongbi, mais il l’innove (voir Xingongbi) dans le but d’exalter la réalité de la couleur.

Symbole de pureté dans la culture occidentale, de la tristesse dans la chinoise, le blanc, associé au métal, relègue au second plan son rôle de synthèse de la luminosité inhérente à toutes les couleurs, de support à l’encre, de fond épargné et de rehaut, pour devenir, chez Li Encheng, forme, matière, valable pour lui-même, qu’il soit pictural ou graphique.

Expo 5 couleurs, mille formes. CCCP Paris, juillet-septembre 2026, conçue par le Musée des Beaux-Arts de Guangzhou
Expo 5 couleurs, mille formes. CCCP Paris, juillet-septembre 2026, conçue par le Musée des Beaux-Arts de Guangzhou

Le vermillon, dit rouge de Chine, autrefois symbole de faste et de prospérité, est la nuance utilisée par Fang Xiang pour en faire la mémoire même dont sa Cité interdite est l’emblème et le support.

Le bleu, le Qing, dont le mélange avec le jaune donne le vert et les nuances bleu-vert, est associé à l’élément bois et au printemps. Les jeunes artistes le varient en sensations visuelles du pigment et du geste.

Photos : Liu Wendong, Montagnes et rivières de mon coeur
Luo Zhuo,Tortue et serpent ( l’eau et le feu, l’Harmonie).
Li Encheng, Rêve n°2

Même le noir, typique, autrefois couleur poétique des eaux profondes de l’hiver et de la nuit, devient, chez Yang Xing, un nocturne conceptuel, une idée abstraite d’atmosphère urbaine.

Il en va de même pour la nature intermédiaire du violet, feu et eau. Le subtil Gao Qian en fait un concept ; il le spiritualise en modulant les valeurs qu’il peut générer, de la saturation à la transparence.

A Propos de l'auteur

Malika Dorbani Bouabdellah

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