
Reportage Henri victor
Quand le karaté débarquait en France : l’anecdote de Tam Nguyen, Lino Ventura et un coup de pied (très) involontaire
Dans les années 1960, les arts martiaux n’avaient rien d’un sport de quartier en France : c’était une curiosité venue d’Asie, portée par quelques passionnés et de rares maîtres. Tam Nguyen les a vus arriver, les a pratiqués, et s’est retrouvé, un peu par hasard, sur un plateau de cinéma face à Lino Ventura. Il raconte, avec le sourire.

Une passion qui va de soi
« Les arts martiaux ne quittent pas un individu d’origine asiatique. » C’est ainsi que Tam Nguyen résume sa relation à la discipline : pas une mode, une évidence culturelle, presque un bagage familial.
Tout commence à l’internat du lycée Jean-Baptiste Say. Autour de lui, des camarades étudient comme lui, mais pratiquent déjà les arts martiaux en parallèle. L’attraction est immédiate : le petit groupe monte un club, s’entraîne, et a la chance de tomber sur le bon professeur.
Le maître Murakami, pionnier discret

Parmi les maîtres japonais arrivés en France, un seul est resté pour de bon : le maître Murakami. Pour Tam, c’est lui « l’artisan du développement du karaté en France et en Europe ». C’était son professeur de karaté, et celui de nombreux élèves, à l’époque où judo, aïkido et karaté cherchaient encore leur place.
Le réseau se tisse aussi via un ami, Vannam, professeur au club Mochizuki, dirigé par l’un des premiers Occidentaux diplômés et formateurs de spécialistes. Une petite communauté, très soudée, qui a posé les bases de ce qui est devenu un immense paysage martial français.
Le cinéma frappe à la porte

Autour de 1964-1965, le film d’action est en plein boom. Sur les plateaux de Vous aimez les femmes, avec Guy Bedos, ou des Barbouzes de Georges Lautner, on cherche des spécialistes pour monter des scènes de combat crédibles.
La production appelle le maître Murakami. Problème : il est en stage en Europe. C’est Tam, qui était là, qui décroche le téléphone, et donc le job : préparer la chorégraphie d’un combat opposant les « Chinois » à Lino Ventura. Il passera une semaine à entraîner l’acteur et ses partenaires.
Pour la figuration, la production déniche le Roméo Club, un lieu où de nombreux jeunes Vietnamiens dansent le be-bop et le rock. Le casting asiatique est trouvé sur la piste de danse.
Le coup de pied qui a failli tout changer

La consigne, pourtant, était claire : un coup dans le ventre, Lino Ventura se plie en deux, Tam se relève, coup de pied au visage, chute en arrière. Et surtout : rester dans l’axe.
Sauf que l’acteur, emporté par le jeu, tourne la tête… exactement là où le pied arrive, la caméra étant de l’autre côté. Résultat : un vrai coup de pied en plein visage. Tam se précipite pour le rattraper et l’allonger doucement par terre. Le plateau s’affole, on apporte de la glace, et l’acteur finit par se relever dans son coin.
La leçon de Georges Lautner

Le réalisateur vient alors trouver Tam avec un conseil inattendu : « La prochaine fois, ne le rattrapez pas, laissez-le tomber. » Tam, un peu inquiet, demande si on lui en veut à ce point. Réponse : « Non, non, ça fait plus vrai. »
Quand la rumeur s’en mêle
L’histoire ne s’arrête pas là. La semaine terminée, Tam part en vacances sur la Côte d’Azur, serré comme une sardine dans une petite Fiat. À la radio, il entend que Lino Ventura s’est fait tabasser par un Chinois et serait hospitalisé quatre jours. Une belle histoire de promotion pour le film, qui n’avait rien de vrai, mais qui a fait le tour des ondes.
Aujourd’hui encore, on peut revoir Les Barbouzes à la télévision. Et si vous voulez savoir quelle tête avait Tam à l’époque, face à Lino Ventura, il n’y a qu’un moyen : regarder le film.






Ajouter Un Commentaire