
Article de Malika Dorbani

l’Institut du Monde Arabe à Paris consacre, du 28 octobre 2026 à
février 2027, une exposition au rituel traditionnel du mariage
algérien, tunisien et marocain. Les pièces exposées, tenues, bijoux,
accessoires, d’époque, de collections patrimoniales publiques ou
privées, sont plus ou moins bien conservées. Celles plus étincelantes
semblent être plutôt récentes mais le tout est somptueux. On
découvre à travers elles des pans de civilisation raffinée une et
variée, singulière et commune, qu’elle fût, qu’elle soit encore,
citadine ou rurale, d’est ou d’ouest, du nord ou du sud.

Le mariage y est dit, entre autre, l’union entre un homme et une
femme. « était » par prudence, on pourrait dire que les choses ont
changé tant sur le plan du genre que sur le plan des us et coutumes.
Le titre de l’expo étant « Vive la mariée », il est peut-être normal
qu’elle soit plus célébrée que le marié dont les tenues, les
accessoires et les rituels le concernant sont absents. Ni hammam, ni
costume, même les animations inaugurales ne l’évoquent pas.
Heureusement que des photos et des œuvres d’artistes
contemporains et d’artistes féministes, le montrant en couple et
même embrassant la mariée sur la bouche, le sauvent de l’oubli, des
préjugés et de la tendance actuelle à l’interdit.
La robe blanche classique qui fait partie de la panoplie depuis la
moitié du XXe siècle, aurait fait, si elle y était, le lien entre les
traditions et les apports étrangers tout comme les robes exposées
témoignent des affinités des trois pays et de leurs échanges, de
l’Asie à la Méditerranée et l’Afrique.

Pour la participation algérienne, plusieurs pièces proviennent du
Musée du Bardo d’Alger et de quelques familles dont celles fines et
chatoyantes de Annaba. L’œuvre de l’artiste algérienne Souhila Bel
Bahar Danse aux foulards et tambourins s’intègre bien dans cet
univers reconstitué. Souhila avait le mariage au cœur de son univers
personnel et artistique. Elle l’a transcrit graphiquement et
plastiquement à travers des œuvres figuratives et abstraites.

Musicienne autant que peintre, elle l’a illustré de concerts tel son
hommage à Meriem Fekaï, Touchia zidane, Nouba, Marche turque de
Mozart, Medahate, Shab el Baroud, et d’instruments tels Violon, luth,
tambourin, ghaïta, qarqabou. Elle l’a animé avec ses corollaires la
danse et la fantasia. De tout ce langage, elle en a fait la quintessence
des Femmes pétales, son thème de prédilection ou univers féminin
familier et en perpétuelle adaptation à la marche du temps, comme
le mariage d’ailleurs où elle se trouve exposée. Indépendamment de
la forme et quelque-soit le sujet, c’était toujours pour elle un
prétexte à laisser, par nécessité intérieure, s’exprimer son rythme
intime et son tempérament de feu. La Danse au foulard est un sujet
qui inspire l’art depuis l’aube des temps. Le foulard a capté l’intérêt
ou l’imagination de Théodore Chassériau dans un mariage à
Constantine. Mohammed Racim l’a traité dans ses scènes algéroises
en alliant Andalousie et Inde. Isadora Duncan a utilisé voiles drapés
pour libérer le corps.

Les tableaux de Souhila relatifs au thème sont
des orchestres et des chorégraphies en lignes et en couleurs
rehaussés de foulards. D’objet rituel, d’emblème de la vie des
femmes de son temps, de leurs communions et de leurs mariages, il
reflète le vif éclat que leur tempérament dégage en libérant l’âme du
corps. Porté aux mains, il prolonge les bras en ailes, amplifie les
volutes, les flottements, les gestes, les ondulations et la vibration de
l’âme. Envolées, grâce, volupté, allégresse, séduction, lui sont
consubstantielles. Chez le peintre il devient un moyen plastique,
visuel et narratif qui transcrit, accentue et participe du tout.

l’Institut du Monde Arabe 1, rue des Fossés Saint-Bernard (Place Mohammed V) 75005 Paris
du 28 octobre 2026 à février 2027,





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